Votre soin visage se vend bien à 200 MAD. Pourtant, entre le temps passé en cabine, les produits et la commission, vous ne savez pas ce qu’il reste. Augmenter le tarif risque de faire hésiter les clientes ; le maintenir sans calcul peut prolonger le problème.
Commencez par calculer ce qu’une séance doit couvrir au niveau d’activité réellement vendu. Ajoutez ensuite l’excédent que vous visez et confrontez ce prix à ce que vos clientes acceptent pour ce soin précis. Voici une méthode pour fixer les prix des prestations d’un institut de beauté au Maroc, avec un exemple entièrement fictif en MAD.
1. Mesurez le créneau complet, pas seulement le soin
Chronométrez plusieurs séances représentatives. Incluez l’accueil nécessaire à la prestation, la préparation, le soin, le rangement et la remise en état de la cabine. Un soin de 60 minutes peut immobiliser une esthéticienne et une cabine pendant 75 minutes.
Séparez le temps de travail de la personne et le temps d’occupation de la ressource lorsqu’ils diffèrent. Si un appareil travaille sans présence constante, cela ne rend pas la cabine disponible pour une autre cliente. À l’inverse, ne facturez pas deux fois le même temps d’une collaboratrice qui suit réellement deux étapes compatibles.
Pour le premier calcul, choisissez une prestation simple avec une personne et une cabine. Vous pourrez ensuite affiner la répartition pour les soins mobilisant plusieurs intervenantes ou un équipement coûteux.
2. Divisez les charges par les heures que vous pouvez vendre
Une salariée présente 160 heures dans le mois ne réalise pas forcément 160 heures de prestations. Les pauses, la préparation, les tâches internes et les créneaux invendus réduisent le volume qui finance sa rémunération.
Calculez son coût mensuel pour l’entreprise, puis divisez-le par les heures de créneaux effectivement consacrées aux prestations vendues, en conservant la même définition du temps que dans votre calcul par séance. Pour une création, utilisez une hypothèse de remplissage prudente, puis remplacez-la par les heures observées.
Répartissez aussi les charges communes : loyer, énergie, accueil, assurance, logiciel, entretien et coût d’usage du matériel. Une première méthode consiste à les diviser par les heures de prestations vendues par l’ensemble de l’équipe. Deux personnes occupées simultanément pendant une heure représentent alors deux heures d’activité.
Cette clé doit rester cohérente avec les ressources consommées. Un soin sur appareil coûteux peut nécessiter une charge spécifique plutôt que la même répartition qu’une épilation courte. Évitez surtout les doubles comptes : un salaire déjà affecté directement à la prestation ne doit pas être ajouté une seconde fois aux charges communes. Si vous réalisez vous-même les soins, valorisez aussi votre travail ; votre présence n’est pas gratuite pour le modèle économique.
3. Comptez les produits consommés et les coûts variables
Pour chaque référence, partez du coût d’achat et de la quantité réellement utilisable. Un flacon fictif à 300 MAD qui permet 20 séances revient à 15 MAD par séance. Ajoutez les autres produits, les consommables jetables et les pertes constatées, plutôt qu’un forfait choisi au hasard.
Les commissions proportionnelles au prix ne sont pas un montant fixe. Si la règle est de 10 % sur le prix après remise, une séance vendue 220 MAD génère 22 MAD de commission ; la même séance vendue 176 MAD en génère 17,60. Ajoutez séparément les autres coûts variables éventuels, notamment ceux liés au mode de paiement si votre contrat en prévoit.
Notre guide sur le calcul des commissions en salon aide à définir la base, l’attribution et les corrections. Pour construire le tarif, utilisez la règle réellement convenue avec l’équipe.
4. Calculez un prix avec une marge définie
Exemple pédagogique, sans valeur de tarif de marché : un institut étudie un soin visage. Tous les montants sont exprimés sur une base hors taxes. Le traitement fiscal du prix final est à adapter à l’établissement ; aucun taux de taxe n’est supposé ici.
Les hypothèses sont les suivantes : 60 minutes de soin et 15 minutes de préparation et remise en état, soit 1,25 heure mobilisée. Le coût mensuel de la collaboratrice, charges comprises et hors commission variable, est de 6 000 MAD, réparti sur 120 heures de créneaux vendus. L’institut supporte 12 000 MAD de charges communes, hors cette main-d’œuvre et hors consommables, réparties sur 300 heures vendues par l’équipe. Il n’y a pas d’autre coût variable dans cet exemple.
| Élément de la séance | Calcul | Coût |
|---|---|---|
| Travail de l’esthéticienne | 6 000 ÷ 120 × 1,25 | 62,50 MAD |
| Charges communes | 12 000 ÷ 300 × 1,25 | 50 MAD |
| Produits et consommables | Quantités estimées pour une séance | 37,50 MAD |
| Coût avant commission | 62,50 + 50 + 37,50 | 150 MAD |
Supposons une commission de 10 % du prix de vente HT après remise et un objectif d’excédent de 20 % de ce même prix, après les coûts modélisés et avant impôts. Ce pourcentage sur le prix de vente n’est pas une majoration de 20 % du coût.
Prix cible = coût avant commission ÷ (1 − taux de commission − part d’excédent visée)
150 ÷ (1 − 0,10 − 0,20) = 214,29 MAD
L’institut retient 220 MAD HT comme prix de travail, à confronter à son marché et à convertir en prix final selon sa situation. À ce prix, la commission est de 22 MAD et il reste 220 − 150 − 22 = 48 MAD, soit environ 21,8 % du prix après les coûts prévus.
Ce résultat n’est pas une promesse de bénéfice net. Il dépend de la durée, des quantités et surtout du volume vendu qui sert à répartir les charges. Si le centre ne vend que 240 heures au lieu de 300, la part de charges communes passe à 62,50 MAD par séance. Toutes les autres hypothèses étant maintenues, le solde à 220 MAD tombe à 35,50 MAD.

